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01 12 2021

Une méthode de la dissertation juridique

Le mois de décembre a quelque chose de spécial pour les étudiants en droit… il annonce l’arrivée imminente d’une période des plus redoutables : les examens du premier semestre. Face à ce contexte si particulier, il est apparu intéressant de consacrer le billet de la chronique de ce mois-ci à la méthode de la dissertation juridique, afin de venir ajouter aux précédentes méthodes du commentaire d’arrêt et du commentaire d’arrêts comparés déjà accessibles sur le blog.

À l’instar des deux précédentes, la présente méthode ne prétend pas être LA méthode de la dissertation juridique et n’a pas pour but de se substituer à la méthode dispensée par vos différents enseignants. Elle vise simplement à apporter un peu d’aide aux étudiants qui seraient susceptibles d’en ressentir le besoin.

I. Remarques générales sur l’exercice de la dissertation juridique

Sur la forme, un sujet de dissertation peut se présenter de différentes façons. Il peut s’agir d’un mot, d’un ensemble de mots voire d’une phrase, parfois à la forme interrogative.

Quelle que soit la forme du sujet, l’objectif de la dissertation est le même : il est d’amener les étudiants à structurer un raisonnement sur un sujet en lien avec le cours, et ce, à l’aide de riches connaissances tout en suivant une certaine méthodologie. Le but de la dissertation n’est donc assurément pas de réaliser un copier-coller du plan et des développements du cours. Pourtant, il s’agit là d’un écueil récurrent.

Afin de réaliser l’exercice de la dissertation juridique avec succès, plusieurs ingrédients sont nécessaires :

  • 1er ingrédient : les connaissances. La dissertation juridique est un exercice qui nécessite la mobilisation de nombreuses connaissances acquises grâce aux cours, TD et lectures personnelles (ouvrages, articles de doctrine, etc.). Maîtriser parfaitement ce qui a été vu en cours et en TD est donc indispensable pour réaliser une bonne dissertation. Dès lors, un travail régulier de compréhension et d’apprentissage du cours constitue un préalable indispensable à la réalisation de la dissertation juridique.
  • 2è ingrédient : la réflexion. Les connaissances ne sauraient suffire à la réalisation de l’exercice. Tout l’intérêt de la dissertation est d’amener les étudiants à réfléchir grâce à leurs connaissances. Pour le dire autrement, les connaissances ne constituent qu’un outil qui va permettre de construire une démonstration sur le sujet.
  • 3è ingrédient : l’entraînement. Il n’y a pas de secret, la méthodologie de la dissertation s’acquiert avec l’expérience. Outre la compréhension et l’apprentissage du cours, qui constituent un préalable indispensable, la maîtrise de l’exercice nécessite plusieurs entraînements réguliers (d’où l’intérêt de réaliser l’exercice demandé à chaque séance de TD, ce qui permet ensuite de comparer son travail avec la correction proposée…).

Telle une bonne recette, ce n’est que le mélange adéquat de ces trois ingrédients qui permettra de réaliser une bonne dissertation. Aussi, suffit-il que l’un ou plusieurs de ces ingrédients manquent ou soient apportés en quantité insuffisante pour que l’ensemble soit déséquilibré.

Si ces trois ingrédients, que sont les connaissances, la réflexion et l’entraînement, ne sont le fruit que de votre travail, certaines petites astuces méthodologiques peuvent vous aider. Voyons pour cela les étapes que vous devez suivre : le travail de réflexion tout d’abord, le travail de rédaction ensuite.

II. Le travail de réflexion

Le travail de réflexion sur le sujet de dissertation correspond à la phase de travail qui se déroule au brouillon.

1°) La première étape consiste à découvrir l’énoncé du sujet, qu’il va falloir lire très attentivement, en identifiant les termes importants, les mots de liaisons ainsi que la ponctuation. La lecture attentive du sujet est fondamentale puisqu’elle permet de déterminer quel est le sens du sujet.

2°) La deuxième étape consiste à définir les termes essentiels du sujet, et notamment ceux qui sont en rapport avec le thème du cours et qui y ont en principe été définis. Cette deuxième étape permet d’identifier l’objet du sujet, ses limites et à quelle(s) partie(s) du cours il se rattache.

3°) La troisième étape se caractérise par la réalisation d’une fiche de connaissances. La fiche de connaissances vise à recenser toutes les connaissances dont vous disposez et qui sont en lien avec le sujet. Dans un premier temps, il convient de jeter sur le papier les idées telles qu’elles viennent. Puis, dans un second temps, il convient de trouver une certaine logique à ces différentes idées afin de pouvoir les regrouper, les classer.

Petite astuce : afin d’éviter les oublis, lorsque vous réalisez votre fiche de connaissances, reprenez mentalement le plan du cours et les différents thèmes des séances de TD (que vous devez connaître par cœur…), pour aller y chercher, dans leurs développements, les notions, arrêts et remarques qui pourront vous être utiles pour traiter le sujet.

4°) La quatrième étape prend appui sur les précédentes et se matérialise par la recherche d’une problématique. Malheureusement, il n’existe pas de problématique « type » car celle-ci va dépendre du sujet. Cela étant, de manière générale, il s’agit de trouver la question qui se cache derrière le sujet et qui explique pourquoi ce dernier vous a été donné. Cela implique d’avoir une bonne compréhension ainsi qu’une bonne connaissance du sujet. Il faut essayer de trouver une question qui engage à la discussion, à laquelle on ne peut pas apporter de réponse trop évidente.

La problématique est fondamentale car elle constitue le cœur de la dissertation. Il faut donc y consacrer du temps et la formuler le plus simplement et le plus clairement possible. Il faut également faire attention à ce qu’elle englobe tout le sujet mais rien que le sujet. Pour cela, il peut être bon de reprendre les termes essentiels du sujet – que vous avez préalablement définis – pour formuler votre problématique.

5°) Pour la cinquième étape, une fois la problématique posée – et seulement à ce moment – il va falloir s’atteler à la recherche du plan.

Classiquement, un plan comporte deux parties (I./II.), elles-mêmes découpées en deux sous-parties (A./B.). Il s’agit d’un plan suffisamment découpé pour pouvoir y organiser ses idées sans trop de difficultés, mais sans toutefois l’être à l’excès, ce qui pourrait compliquer l’organisation des idées et rendre le travail de recherche du plan plus complexe qu’il ne l’est déjà.

Le plan constitue la structure de votre raisonnement (les deux grandes étapes de raisonnement en I. et II., et les deux sous-étapes de raisonnement en A. et B.). Il n’est donc absolument pas question de reprendre les intitulés du cours pour formuler les titres de parties et de sous-parties. De plus, à la lecture du plan, la réponse donnée à la problématique doit apparaître. Afin d’être sûrs de répondre à votre problématique et de traiter le sujet, il peut être bon de reprendre les termes essentiels de la problématique – eux-mêmes tirés de l’énoncé du sujet – pour formuler les titres de parties (I./II.).

Concernant la formulation des intitulés, outre le fait qu’ils doivent répondre à la problématique, ils doivent synthétiser le plus brièvement possible les idées développées dans les parties et sous-parties, à l’image d’un titre de chapitre dans un ouvrage. On doit ainsi comprendre, dans l’ensemble, ce qui va être développé au sein de chaque partie et sous-partie à la seule lecture de leur intitulé. Pour cela, il faut adopter un style sobre, clair et concis. Un intitulé doit se comprendre en une seule lecture et être relativement bref, ce qui explique que les verbes conjugués soient généralement proscrits car leur utilisation a tendance à rallonger les intitulés.

6°) Sixième étape, une fois la recherche du plan terminée, il convient de réaliser un plan détaillé.

Le plan détaillé vise tout simplement, en vous appuyant sur la fiche de connaissances, à organiser clairement et logiquement vos différentes idées et connaissances au sein de chaque sous-partie.

7°) Enfin, dernière étape, une fois que vous avez votre problématique et votre plan détaillé, vous pouvez terminer le travail au brouillon par la mise en forme de l’introduction.

N.B. : terminer par l’introduction vous permet de savoir ce qu’il faut y inclure ou non, en fonction de ce que vous avez inséré dans votre plan. Néanmoins, si vos idées sont claires dès le départ, il est envisageable de mettre en forme l’introduction juste après avoir trouvé la problématique et le plan.

L’introduction suit généralement la trame suivante :

  • 1°) Phrase d’accroche : la phrase d’accroche peut consister en une citation, une actualité, une décision de justice, etc. L’essentiel est qu’elle soit en lien avec le sujet et teintée d’une certaine originalité. L’accroche vise à montrer que vous avez cerné l’intérêt du sujet, sans en dire trop, tout en piquant la curiosité de votre lecteur. Si vous décidez d’user d’une citation ou d’une actualité, il faut impérativement l’expliquer et montrer le lien qu’elle présente avec le sujet, avec ce sur quoi il interroge. Il ne s’agit donc pas de mentionner une citation sans l’expliquer pour passer ensuite à la définition des termes du sujet.
  • 2°) Définition et délimitation du sujet : il s’agit ici de reprendre la définition des termes essentiels du sujet et de justifier, si le sujet peut être entendu plus ou moins largement, les éventuels choix de délimitation.
  • 3°) Contextualisation et intérêt du sujet : concernant la contextualisation, il s’agit de développer le contexte historique du sujet, mais également de faire référence, si le sujet s’y prête, aux différentes branches du droit et au droit comparé. Concernant l’intérêt du sujet, il s’agit de développer les difficultés auxquelles le sujet se heurte, afin d’amener progressivement votre problématique.
  • 4°) Problématique : il s’agit ici, à la suite de la contextualisation et de l’intérêt du sujet, d’insérer élégamment la problématique, dans la continuité des développements précédents.
  • 5°) Annonce de plan : intervenant juste après la problématique, l’annonce de plan doit en constituer la réponse tout en annonçant vos parties (I./II.). Dit autrement, il s’agit d’expliquer de quelle manière vous allez répondre à votre problématique, en exposant les deux grandes étapes de votre raisonnement que sont votre I. et votre II. Il n’y a rien de compliqué à cela : vous savez tous formuler une réponse à une question.
    Si, à la lecture, l’annonce de plan ne répond pas à la problématique, soit il y a un problème dans la formulation de l’annonce de plan, soit le plan est déconnecté de la problématique…

En résumé, au stade de l’introduction, il faut surtout veiller à organiser vos idées de façon cohérente, en partant du plus général (les définitions) tout en resserrant progressivement sur l’intérêt du sujet et votre problématique. Il faut bien avoir en tête que l’introduction constitue une partie importante de la dissertation. Il faut donc qu’elle soit suffisamment développée afin de montrer que le sujet est compris, que vous disposez de solides et nombreuses connaissances sur le sujet, et que vous allez discuter ce dernier.

Une fois le travail au brouillon fini, il convient de passer au travail de rédaction.

III. Le travail de rédaction

L’essentiel du travail ayant été fait au brouillon, le travail de rédaction est en principe essentiellement un exercice de mise en forme, de mise au propre du travail de réflexion.

La rédaction commence par l’introduction qu’il va falloir rédiger en un seul « bloc », c’est-à-dire que les différentes étapes de l’introduction qui vous ont servi à la construire et à l’organiser au brouillon ne doivent pas être annoncées. Par exemple, ne dites pas « La phrase d’accroche est la suivante… », « Pour les définitions, nous allons voir que… », « L’annonce de plan est la suivante… », etc. Les différentes étapes vues précédemment doivent s’enchaîner naturellement, la fin de l’une amenant le début de l’autre.

Quant au corps de la dissertation, il est composé :

  • Du plan qui doit être apparent. Cela signifie que les titres de parties et de sous-parties doivent apparaître clairement sur la copie.
  • De chapeaux et transitions :
    • Les chapeaux sont des annonces de plan qui interviennent après les titres de parties (I./II.) et avant ceux des sous-parties (A./B.). Il y en a donc deux au total : l’un après l’intitulé du I. et l’autre à la suite de l’intitulé du II. Ils doivent vous permettre d’annoncer vos sous-parties (A./B.), tout en expliquant brièvement la logique de votre découpage, mais sans toutefois déborder sur les développements.
    • Les transitions sont des phrases qui permettent de faire le lien entre votre I. et votre II., ainsi qu’entre vos A. à vos B. Il ne s’agit pas d’une conclusion, mais d’une ou deux phrases qui visent à expliquer le déroulement logique de votre raisonnement.
  • Des développements : les développements ont pour but de développer les idées qui ressortent des intitulés, afin d’apporter une réponse à la problématique. Il ne s’agit donc pas de restituer le cours, mais d’exposer sa propre démonstration sur le sujet, en s’appuyant sur les connaissances vues en cours et en TD.
    Au sein des développements, il faut veiller à organiser rigoureusement vos idées afin que l’on puisse suivre la logique du raisonnement. Votre réflexion doit s’affiner à mesure que le développement avance. Pour cela, il convient de commencer par exposer une idée, de l’éclairer ensuite par des notions, des définitions, des connaissances et de l’appuyer enfin par des exemples. Toute idée avancée doit donc être justifiée et appuyée par des connaissances et des exemples.

Pour finir, il n’est en principe pas nécessaire de conclure, au risque sinon d’être redondant. En revanche, la dissertation s’achève sur ce que l’on appelle une ouverture. Il s’agit d’ouvrir la réflexion sur un autre « problème » que celui que vous avez traité, qui est connexe au sujet et qui s’inscrit dans la continuité de la réflexion que vous avez tenue sur le sujet.

Commentaires

KOUMASSOU Yao David dit :

Merci infiniment

Lexpedia dit :

Merci beaucoup !

Gaetan dit :

merci beaucoup. ça m’interesse

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