Joël-Pascal Biays réussit le concours d’agrégation de droit public en 1990. Jusqu’en 1997, il partagera son temps entre les universités de Nice et de Grenoble, où il a enseigné la plupart des matières qui forment le droit public. En ces temps où l’interdiction de fumer dans les lieux publics n’était pas pleinement respectée, les couloirs niçois et grenoblois raisonnaient des imprécations du croisé de la lutte contre le tabagisme qu’était le professeur Biays.

Nous l’avons rencontré en licence en droit à l’université de Nice, en 1993. Toujours disponible malgré la multiplicité de ses charges d’enseignement, il nous avait incité à – et convaincu de – rejoindre l’Institut d’études politiques de Grenoble, où il dirigeait un séminaire.

A Nice comme à Grenoble, pour beaucoup d’étudiants, il incarnait « LE » professeur de droit. Il n’imposait pas les plans en deux parties, deux sous-parties, etc… : les pratiquant lui-même dans ses cours ou ses conférences de méthode, ses étudiants trouvaient presque naturel de reproduire cette manière de raisonner. Mais, Monsieur le Professeur, pourquoi seulement deux parties, lui demandait-on ? « Trois idées à la suite, c’est trop ; c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ; deux idées l’une après l’autre, ça suffit pour l’auditeur ou le lecteur », répondait-il de sa voix si aiguë qu’elle était reconnaissable entre mille. Les copies, rendues souvent en retard, étaient toujours corrigées d’une marque de stylos qu’il chérissait et avec laquelle il écrivait ses lettres, qui rendait son écriture aussi rapidement familière que sa voix.

Toujours disponible pour participer aux conférences organisées par les étudiants, il défendait becs et ongles, en deux parties bien sûr, sa conception de la France, très fidèle à celle du Général de Gaulle.

Au début des années 2000, Joël-Pascal Biays a cherché à donner un nouvel élan à sa carrière. La présidence de l’université Pierre-Mendès-France à Grenoble l’a tentée un moment. Mais par un concours de circonstances, il avait appris que le poste de coordonnateur à l’Institut du droit des affaires internationales de l’université du Caire était sur le point de se libérer. Le téléphone à peine raccroché avec son interlocuteur du ministère des Affaires étrangères, il se rendait le jour même au quai d’Orsay pour présenter sa candidature, prenant le premier TGV en partance de Grenoble. Il voulait retourner en Orient, comme professeur cette fois : les postes à Beyrouth ayant disparu, ce fut le Caire – ce qui lui permis d’ailleurs de retourner au Liban.

Au cours des quatre années qu’il a passé au Caire, Joël-Pascal Biays a redonné à « l’Ecole Française de Droit du Caire », comme elle s’appelait jadis, les lustres qu’elle avait avant 1940. Il y fit venir les meilleurs universitaires français, et pris lui-même en charge nombre d’enseignements.

Depuis septembre 2007, Joël-Pascal Biays était recteur adjoint de l’université de Galatasaray à Istanbul. Ses nouveaux collègues ont immédiatement perçu le profit pour l’université qu’ils pourraient tirer de sa présence. On peut le voir à l’œuvre ici, convaincant sans doute sans grande difficulté des lycéens de l’attrait de sa nouvelle université d’accueil. Le 10 mars 2008, il présentait aux étudiants une conférence donnée par l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin.

Joël-Pascal Biays est mort dans l’Orient qu’il aimait.

Au long de sa carrière, il aura formé une demi-douzaine d’agrégés de droit public, qui lui sont tous restés profondément attachés (Hafida Belrhali, Sébastien Bernard – actuel doyen de la faculté de Grenoble – Géraldine Chavrier…). Il aimait à nous rappeler qu’un de ses anciens étudiants, devenu membre éminent du Conseil d’Etat, Didier Casas, qui lui porte toujours une grande admiration, avait promis d’abonner sa fille Alexandra à l’AJDA si elle décidait de commencer des études de droit. Il aimait nous retrouver, en nous appelant traditionnellement par notre patronyme et avec une intonation dynamique tout à fait spécifique. De nos déjeuners estivaux dans le Sud de la France, nous garderons en mémoire son sourire, tout particulièrement quand il nous parlait d’Alexandra.

Il a constitué une centurie de maîtres de conférences – la dernière « promotion » des qualifiés de la section 02 du CNU comporte un de ses doctorants ; il a eu sous sa bienveillante autorité une cohorte de docteurs en droit, sans même parler des jurys de thèses auxquels il participait volontiers. Au-delà, il aura surtout eu des légions d’étudiants, en France, en Egypte et en Turquie.

Joël-Pascal Biays laisse ses bataillons d’anciens et actuels étudiants, parmi lesquels plusieurs étaient devenus des amis ; ils ont tous été fiers d’avoir un tel tribun à leur tête. Il a encouragé beaucoup d’entre nous. Nous aurons à cœur de faire vivre son absence, que l’admiration et la gratitude ne pourront hélas combler.