Deux questions liées se posent alors s’agissant des 500 signatures devant être collectés par Jean-Marie Le Pen :

-La première : Jean-Marie le Pen connaît-il réellement des difficultés pour obtenir les parrainages ?

La réponse est difficile. Pour acquérir le droit de concourir une cinquième fois à l’Elysée, Le Pen peut compter sur les 157 conseillers régionaux FN. Si l’on ajoute à cela les autres élus FN qui ne sont pas déjà élu régional, les frontistes seraient entre 280 et 350 (les chiffres, en raison des cumuls, sont très difficiles à établir. Si quelqu’un disposent de ceux-ci, merci de faire passer l’information). Par ailleurs, si l’on ajoute aux parrains frontistes l’ensemble des élus d’extrême droite, plus d’un milliers d’élus sont susceptibles de valider la candidature de M. Le Pen. Deux obstacles néanmoins : D’abord, le nombre de candidats extrême droite est de plus en plus important au fur et à mesure des campagnes. On compte déjà trois candidats déclarés pour 2007, avec en plus de M. Le Pen, B. Mégret et P. De Villiers. Autrement dit, les élus de la droite dure sont très sollicités et de fait, leur soutien s’éparpille. Autre souci, les formulaires officiels ne sont remplis que quelques semaines avant le premier tour. Le Front a été échaudé en 2002 par la rétractation tardive de 200 maires. Par conséquent, certains parrains signent des promesses puis changent d’avis. Il faut donc viser plus haut que 500 promesses. Finalement la réponse à la première question est la suivante : En comptant sur les seuls élus d’extrême droite, Le Pen rencontre nécessairement des difficultés pour réunir l’ensemble des parrainages. Néanmoins, ces difficultés sont mises en scène et instrumentalisée. Cette instrumentalisation pose la deuxième question.

-Quelle est la responsabilité et la fonction des membres du collège des 40000 élus ?

Il me semble que la fonction des signataires n’est pas de soutenir tel ou tel candidat. Autrement dit, leur rôle n’est pas de parrainer le candidat correspondant à leur couleur politique ou à leurs opinions. Le collège joue historiquement un rôle de filtre qui est nécessaire à la lisibilité des élections. Ils ne sont pas pour autant des censeurs. Il n'est pas du tout choquant, à mon sens, qu’un élu de la droite ou de la gauche républicaine apporte sa signature à M. Le Pen qui, et c’est le moins que l’on puisse dire, apparaît depuis plusieurs années comme un candidat sérieux…. Jamais il ne faudrait critiquer un élu de l’UMP ou du PS qui a donné sa signature au candidat frontiste. Au contraire, il faudrait à mon sens les encourager et les médiatiser afin qu'il fasse connaître à M. Le Pen la réponse de la démocratie à ses opinions.

J’y vois même deux avantages : Le premier est le respect de cet adage anglo saxon : « I don’t agree with what you say, but I will gladie die for your right to say it » (Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis, mais je mourrai volontiers pour ton droit de le dire). Sans doute M. Le Pen n'appliquerait pas cette prescription. Il faut pourtant mettre un point d'honneur à la mettre en oeuvre. Le deuxième concerne le déroulement même des élections. En conférant à M. Le Pen une relative facilité à obtenir ces signatures, on lui supprime un prétexte pour se victimiser, chose qu’il se complaît à faire pour séduire son électorat.